2. Dans le salon de Mme de Montespan
Athénaïs de Montespan, la favorite du roi, entra dans son salon personnel. Lorsqu'elle fut assise, elle s'appuya contre le dossier de son siége et ferma les yeux. Mais elle les réouvrit rapidement, car il lui semblait avoir entendu un bruit. Elle tendit l'oreille et perçut que l'on frappait discrètement à la porte .
- Pourquoi Mr de Mouti n' ouvre-t-il pas ? se demanda-t-elle. Entrez ! dit-elle tout de même.
Un tout petit homme entra. Il s'approcha de Mme de Montespan et s'inclina.
- Ah, Monsieur Demionte !, s'exclama-t-elle.
- Madame la Marquise, dit-il poliment.
- Mon cher ami, avez-vous suivi mes ordres ?
- Je le crois , madame.
- Mr Bilboquet est-il bien... hors d'état de nuire ? dit la marquise en ricanant.
- La dose d'arsenic que je lui ai administré n'est pas méprisable !
- Quel procédé avez-vous utilisé ?
- J'ai versé de la poudre d'arsenic dans son chocolat , alors quand le pauvre homme a bu... vous devinez la suite.
-Vous êtes d'une drôlerie, mon cher !
- Si cela fait rire Madame, j'en suis ravi.
- Pourriez-vous m'en fournir un flacon ?
- Bien entendu ,Madame. Mais je n'ai plus de poudre ; Mme de Monvoisin a déjà tout vendu .Le nombre de gens voulant empoisonner leurs proches est impressionnant !!!Un flacon d'arsenic liquide fera-t-il l'affaire ?
- Certes, ce sera parfait.
Mr Demionte sortit de sa poche un flacon vert bouché par un capuchon jaune. La marquise le saisit et l'examina.
- Deux gouttes sont suffisantes pour tuer , lui précisa-t-il. Sauf si vous désirez vraiment faire souffrir votre victime, auquel cas il faudra...
- Merci pour vos conseils, Mr Demionte, le coupa la marquise.
Sans un mot, elle lui remit une bourse que l'homme soupesa avec un sourire.
- C'est un plaisir que de servir une personne aussi généreuse que vous, Madame la Marquise. Si vous avez besoin de mes services, je suis toujours présent.
Il s'inclina et s'apprêtait à se retirer lorsque Mme de Montespan l'interpella.
- Mr Demionte !Il est certain que si Bilboquet est encore en vie, je reprendrais mes 400 000 sequins et que je trouverai un prétexte pour vous faire exécuter.
Mr Demionte s'éclaircit la gorge.
- Madame, j'aimerais vous poser quelques questions.
- Ce n'est pas à vous de le faire, répondit sèchement la marquise.
- Cependant, madame, certains de vos agissements intéresseraient beaucoup le roi.
- Comment osez-vous ? Ce n'est pas à vous de fixer les conditions, dois-je vous le rappeler ?
- Madame je vous répète que le roi serait...
- Oui, oui, je sais. Alors, que voulez-vous savoir ? Pressez-vous, je n'ai pas de temps à perdre !
- Madame, afin d'effectuer correctement les missions que vous me confiez, je désirerais connaître vos motifs.
- Mes motifs ? De quoi voulez-vous parler ?dit-elle, écarlate.
- De ceux qui vous poussent à éliminer certaines personnes.
- Oh ! C'est simple .Vous savez comme moi que Marie-Thérèse d'Espagne eut un fils du roi, Louis le Grand Dauphin.
- Sans aucun doute , acquiesça Mr Demionte.
- Ne m'interrompez pas ! rugit la marquise. Donc, après la mort de l'infante, il épousa Mme de Maintenon, qui devint bien évidemment responsable du jeune Louis. Mais si le roi vient à décéder dans les quelques années qui suivent, Louis ne pourra pas monter sur le trône, puisqu'il n'a que cinq ans. Mme de Maintenon assurera la Régence. Or, assurer la Régence, cela veut dire avoir les pleins pouvoirs ! Je dois donc éliminer Mme de Maintenon, car je suis certaine qu'après le décès de cette ...pimbêche, il me prendra pour épouse !Quel rêve !
- Mais je ne comprends cependant pas bien la raison pour laquelle vous avez fait disparaître Mr de Bilboquet.
- Ce Bilboquet !, s'exclama la marquise. Un fouineur, m'entendez-vous ! Il est au courant de tout ce qui se passe au château ! Il n'aurait pas tardé à découvrir ce que je préparais, je ne pouvais pas laisser vivant un homme tel que lui!!!
- Je vous comprends, madame.
- Je vous demanderai dorénavant de faire disparaître tous ceux qui seraient susceptibles de deviner mes intentions.
- Bien entendu , madame.
- Vous pouvez vous retirer .Et sachez qu'il est inutile de me mentir sur Bilboquet, Mme de Maintenon me renseignera.
Mr Demionte se courba et quitta la pièce.
- Garde ! s'écria Mme de Montespan. Faites venir Mme de Maintenon ! Pressez-vous !
Dés qu'il fut parti, Athénaïs de Montespan sortit le petit flacon se son gant. Elle le déboucha et l'approcha de son nez. Aussitôt qu'elle l'eut respiré, un vertige la prit. Elle se cramponna , puis encore étourdie, elle se dit :
- Il est impossible que Bilboquet soit encore vivant avec cela ! Mais on n'est jamais sûr de rien.
Elle eut tout juste le temps de ranger la précieuse bouteille lorsque Mr de Valvert fit irruption dans la pièce.
- Mme de Maintenon, annonça-t-il tandis que celle-ci entrait.
- Mme de Maintenon, comment vous portez-vous ? dit la marquise de Montespan d'un ton faussement chaleureux.
- Le mieux du monde, répondit-elle.
- Asseyez-vous donc, ma chère, la pria Mme de Montespan.
Mme de Maintenon s'exécuta, tandis que sa rivale alpaguait Mr de Monti , lui demandant d'amener du thé ;
- Alors, quels sont les derniers...potins de la cour ? se renseigna Mme de Montespan.
- Oh, de bien tristes nouvelles. L'artisan Bilboquet a été empoisonné. Les médecins ont pu détecter de l'arsenic dans son sang.
- C'est effectivement une bien triste histoire. Ce pauvre Bilboquet ! dit la favorite du roi d'un ton faussement compatissant. Est-il encore des nôtres ?
- Oui, mais il est mal en point. Nos docteurs feront tout pour qu'il guérisse rapidement. Mais le plus important est qu'il soit en vie.
- Evidemment, je lui souhaite un bon rétablissement, dit la marquise de Montespan qui avait perdu son sourire. A part cela, que se passe-t-il d'autre ?
- Pas grand chose. C'est l'événement majeur. On ne parle que de cela à la cour !
Le valet revint dans la pièce. Il déposa sur la table basse un plateau garni de deux tasses de thé .Les deux marquises s'en emparèrent et commencèrent à boire. Mme de Montespan relança la discussion :
- Comment va le roi ? demanda-t-elle.
- Le mieux du monde ! lui répondit Mme de Maintenon. Bien que la maladie de son vieil ami l'ait quelque peu attristé.
Elle fut interrompue par un messager qui entra soudainement dans la pièce.
- Mme de Maintenon, Mr de Bilboquet vous attend . Il a dit qu'il désirerait vous remettre quelque chose en main propre avant de mourir.
- Seigneur ! Pourquoi tient-il de pareils propos ? Dites-lui que je me rends chez lui dans les minutes qui suivent. Madame, dit-elle en se tournant vers Mme de Montespan, je vous laisse. Je me rends auprès de Mr Bilboquet.
- Bien entendu. Au plaisir de vous revoir, répondit celle-ci.
Mme de Maintenon s'éclipsa, et sitôt qu'elle fut partie, Mme de Montespan grinça des dents et murmura entre ses lèvres crispées :
- Mr Demionte va m'entendre !
Athénaïs de Montespan, la favorite du roi, entra dans son salon personnel. Lorsqu'elle fut assise, elle s'appuya contre le dossier de son siége et ferma les yeux. Mais elle les réouvrit rapidement, car il lui semblait avoir entendu un bruit. Elle tendit l'oreille et perçut que l'on frappait discrètement à la porte .
- Pourquoi Mr de Mouti n' ouvre-t-il pas ? se demanda-t-elle. Entrez ! dit-elle tout de même.
Un tout petit homme entra. Il s'approcha de Mme de Montespan et s'inclina.
- Ah, Monsieur Demionte !, s'exclama-t-elle.
- Madame la Marquise, dit-il poliment.
- Mon cher ami, avez-vous suivi mes ordres ?
- Je le crois , madame.
- Mr Bilboquet est-il bien... hors d'état de nuire ? dit la marquise en ricanant.
- La dose d'arsenic que je lui ai administré n'est pas méprisable !
- Quel procédé avez-vous utilisé ?
- J'ai versé de la poudre d'arsenic dans son chocolat , alors quand le pauvre homme a bu... vous devinez la suite.
-Vous êtes d'une drôlerie, mon cher !
- Si cela fait rire Madame, j'en suis ravi.
- Pourriez-vous m'en fournir un flacon ?
- Bien entendu ,Madame. Mais je n'ai plus de poudre ; Mme de Monvoisin a déjà tout vendu .Le nombre de gens voulant empoisonner leurs proches est impressionnant !!!Un flacon d'arsenic liquide fera-t-il l'affaire ?
- Certes, ce sera parfait.
Mr Demionte sortit de sa poche un flacon vert bouché par un capuchon jaune. La marquise le saisit et l'examina.
- Deux gouttes sont suffisantes pour tuer , lui précisa-t-il. Sauf si vous désirez vraiment faire souffrir votre victime, auquel cas il faudra...
- Merci pour vos conseils, Mr Demionte, le coupa la marquise.
Sans un mot, elle lui remit une bourse que l'homme soupesa avec un sourire.
- C'est un plaisir que de servir une personne aussi généreuse que vous, Madame la Marquise. Si vous avez besoin de mes services, je suis toujours présent.
Il s'inclina et s'apprêtait à se retirer lorsque Mme de Montespan l'interpella.
- Mr Demionte !Il est certain que si Bilboquet est encore en vie, je reprendrais mes 400 000 sequins et que je trouverai un prétexte pour vous faire exécuter.
Mr Demionte s'éclaircit la gorge.
- Madame, j'aimerais vous poser quelques questions.
- Ce n'est pas à vous de le faire, répondit sèchement la marquise.
- Cependant, madame, certains de vos agissements intéresseraient beaucoup le roi.
- Comment osez-vous ? Ce n'est pas à vous de fixer les conditions, dois-je vous le rappeler ?
- Madame je vous répète que le roi serait...
- Oui, oui, je sais. Alors, que voulez-vous savoir ? Pressez-vous, je n'ai pas de temps à perdre !
- Madame, afin d'effectuer correctement les missions que vous me confiez, je désirerais connaître vos motifs.
- Mes motifs ? De quoi voulez-vous parler ?dit-elle, écarlate.
- De ceux qui vous poussent à éliminer certaines personnes.
- Oh ! C'est simple .Vous savez comme moi que Marie-Thérèse d'Espagne eut un fils du roi, Louis le Grand Dauphin.
- Sans aucun doute , acquiesça Mr Demionte.
- Ne m'interrompez pas ! rugit la marquise. Donc, après la mort de l'infante, il épousa Mme de Maintenon, qui devint bien évidemment responsable du jeune Louis. Mais si le roi vient à décéder dans les quelques années qui suivent, Louis ne pourra pas monter sur le trône, puisqu'il n'a que cinq ans. Mme de Maintenon assurera la Régence. Or, assurer la Régence, cela veut dire avoir les pleins pouvoirs ! Je dois donc éliminer Mme de Maintenon, car je suis certaine qu'après le décès de cette ...pimbêche, il me prendra pour épouse !Quel rêve !
- Mais je ne comprends cependant pas bien la raison pour laquelle vous avez fait disparaître Mr de Bilboquet.
- Ce Bilboquet !, s'exclama la marquise. Un fouineur, m'entendez-vous ! Il est au courant de tout ce qui se passe au château ! Il n'aurait pas tardé à découvrir ce que je préparais, je ne pouvais pas laisser vivant un homme tel que lui!!!
- Je vous comprends, madame.
- Je vous demanderai dorénavant de faire disparaître tous ceux qui seraient susceptibles de deviner mes intentions.
- Bien entendu , madame.
- Vous pouvez vous retirer .Et sachez qu'il est inutile de me mentir sur Bilboquet, Mme de Maintenon me renseignera.
Mr Demionte se courba et quitta la pièce.
- Garde ! s'écria Mme de Montespan. Faites venir Mme de Maintenon ! Pressez-vous !
Dés qu'il fut parti, Athénaïs de Montespan sortit le petit flacon se son gant. Elle le déboucha et l'approcha de son nez. Aussitôt qu'elle l'eut respiré, un vertige la prit. Elle se cramponna , puis encore étourdie, elle se dit :
- Il est impossible que Bilboquet soit encore vivant avec cela ! Mais on n'est jamais sûr de rien.
Elle eut tout juste le temps de ranger la précieuse bouteille lorsque Mr de Valvert fit irruption dans la pièce.
- Mme de Maintenon, annonça-t-il tandis que celle-ci entrait.
- Mme de Maintenon, comment vous portez-vous ? dit la marquise de Montespan d'un ton faussement chaleureux.
- Le mieux du monde, répondit-elle.
- Asseyez-vous donc, ma chère, la pria Mme de Montespan.
Mme de Maintenon s'exécuta, tandis que sa rivale alpaguait Mr de Monti , lui demandant d'amener du thé ;
- Alors, quels sont les derniers...potins de la cour ? se renseigna Mme de Montespan.
- Oh, de bien tristes nouvelles. L'artisan Bilboquet a été empoisonné. Les médecins ont pu détecter de l'arsenic dans son sang.
- C'est effectivement une bien triste histoire. Ce pauvre Bilboquet ! dit la favorite du roi d'un ton faussement compatissant. Est-il encore des nôtres ?
- Oui, mais il est mal en point. Nos docteurs feront tout pour qu'il guérisse rapidement. Mais le plus important est qu'il soit en vie.
- Evidemment, je lui souhaite un bon rétablissement, dit la marquise de Montespan qui avait perdu son sourire. A part cela, que se passe-t-il d'autre ?
- Pas grand chose. C'est l'événement majeur. On ne parle que de cela à la cour !
Le valet revint dans la pièce. Il déposa sur la table basse un plateau garni de deux tasses de thé .Les deux marquises s'en emparèrent et commencèrent à boire. Mme de Montespan relança la discussion :
- Comment va le roi ? demanda-t-elle.
- Le mieux du monde ! lui répondit Mme de Maintenon. Bien que la maladie de son vieil ami l'ait quelque peu attristé.
Elle fut interrompue par un messager qui entra soudainement dans la pièce.
- Mme de Maintenon, Mr de Bilboquet vous attend . Il a dit qu'il désirerait vous remettre quelque chose en main propre avant de mourir.
- Seigneur ! Pourquoi tient-il de pareils propos ? Dites-lui que je me rends chez lui dans les minutes qui suivent. Madame, dit-elle en se tournant vers Mme de Montespan, je vous laisse. Je me rends auprès de Mr Bilboquet.
- Bien entendu. Au plaisir de vous revoir, répondit celle-ci.
Mme de Maintenon s'éclipsa, et sitôt qu'elle fut partie, Mme de Montespan grinça des dents et murmura entre ses lèvres crispées :
- Mr Demionte va m'entendre !